Frais de santé : ce sont les Suisses qui paient le plus de leur poche au niveau mondial, garantissant des marges élevées aux assurances complémentaires

Étude Comparis sur les assurances maladie complémentaires


Ce sont les Suisses qui, au niveau mondial, paient le plus de leur poche pour les frais de santé : le montant qu'ils déboursent correspond presque à celui des primes de l’assurance de base. Un tiers des frais médicaux est financé par les assurés eux-mêmes. Par ailleurs, dans le domaine des complémentaires, où il n'est quasiment plus possible de changer d’assurance à partir de 50 ans, les assureurs maladie affichent de faibles taux de sinistres et donc des marges bénéficiaires d'autant plus élevées. Toutefois, le marché menace de s’effondrer du fait de l'évolution rapide des conditions cadres de la politique de santé. C’est ce que révèle l’étude Comparis présentée le 28 août à Berne portant sur le marché des assurances maladie complémentaires.

Zurich, le 28 août 2018 – La hausse des primes de l’assurance de base donne lieu chaque année à des débats enflammés. Or, en réalité les Suisses paient presque autant de leur poche en frais de santé. Et la disposition à payer est grande. Une étude réalisée pour le compte du comparateur sur Internet comparis.ch par Pius Gyger, économiste de la santé, révèle que, sur un total de 80 milliards de francs de dépenses de santé, les Suisses ont payé 24 milliards de francs de leur poche en 2016. Un montant qui comprend 5,4 milliards alloués aux prestations d’assurance complémentaire, éminemment lucratives pour les assureurs. À cet égard, le domaine stationnaire s'est révélé particulièrement profitable pour ces derniers. Étant donné que l’assurance de base ne cesse d’être développée, que l’offre d’assurance complémentaire n’est quasiment pas ajustée aux besoins changeants des clients et qu’à partir de 50 ans les clients ne peuvent plus changer, sinon sortir du système, le nombre de clients est resté constant ces dernières années et ce, malgré des primes élevées. Le volume de primes a même augmenté de 6 % entre 2008 et 2016.

Un tiers des prestations médicales payé directement, et non via les primes d’assurance

Sur les 24 milliards de francs de prestations de santé, près de 80 % proviennent de paiements directs effectués volontairement par les assurés eux-mêmes. Et ce chiffre ne tient pas compte des 4,3 milliards de francs de participations aux frais médicaux à la charge des assurances sociales. 

En chiffres absolus, la Suisse arrive, avec les États-Unis, en tête du classement mondial des dépenses de santé privées par habitant. Si l’on considère les chiffres relatifs de 40 % de financement privé et de 60 % de cotisations obligatoires, la Suisse se situe au même niveau qu’Israël, la Grèce et le Chili en termes de dépenses de santé. Chez nos voisins allemands et français, le financement privé est nettement moins important, avec à peine un peu plus de 15 % dans les deux cas.

Depuis 2012, les dépenses du marché privé en Suisse ne cessent d’augmenter, suivant sensiblement la même courbe que l’assurance maladie de base. Les chiffres de l’Enquête sur le budget des ménages (EBM) fournissent des indications quant à la destination des contributions privées : avec 5,5 milliards de francs, les frais de prise en charge en EMS représentent une part importante des frais couverts directement par les ménages privés.

Trois milliards supplémentaires correspondent aux prestations médicales payées directement. On relèvera que les prestations médicales couvertes par l’assurance de base ne représentent ainsi qu’environ deux tiers du total des frais médicaux. Les Suisses dépensent par ailleurs 2,8 milliards de francs chez le dentiste et 1,6 milliard de francs pour les médicaments.

Aspect lucratif des assurances complémentaires : bénéfice d’un demi-milliard de francs

Avec 5,4 milliards de francs, la part des assurances complémentaires en 2016 représentait environ 20 % des frais de santé payés par les assurés eux-mêmes. Les produits étaient ainsi nettement plus lucratifs pour les compagnies d’assurance que pour leurs clients : entre 2008 et 2016, les recettes provenant des primes ont enregistré une augmentation de 865 millions de francs, pour atteindre 6,6 milliards de francs. En revanche, les paiements liés aux sinistres n’ont, eux, progressé que de 353 millions de francs (totalisant 4,7 milliards de francs). Pour le secteur, un plus se chiffrant à pas moins de 512 millions de francs.

Ce sont surtout les produits pour les séjours hospitaliers stationnaires qui se sont révélés globalement lucratifs pour les assureurs. À l’inverse de l’assurance de base, on peut constater ici le faible pouvoir de marché du client : à partir de 50 ans, les assurés ne peuvent plus, de fait, changer d’assurance. Le peloton de tête des profiteurs les plus importants rassemble ainsi le Groupe Mutuel, avec un taux de sinistres de 56 % sur la période 2008-2016, coiffant même ÖKK et Sympany au poteau (57 % chacun). Les deux leaders du marché Helsana (74 %) et la CSS (68 %) se situent dans la moyenne. Dans le secteur ambulatoire, Assura est le gagnant incontesté avec un taux de sinistres de 30 %, devançant le Groupe Mutuel (48 %), Helsana (60 %) et CSS (63 %).

Le nombre d’assurés des formules classiques semi-privées et privées est resté stable au cours des dernières années, malgré la rentabilité élevée pour les assureurs. Les primes moyennes par habitant ont même augmenté de 6 % depuis 2008. « Les besoins de la population vont bien au-delà des prestations couvertes par l’assurance de base. La disposition à payer pour les prestations de santé ne faisant pas partie de l’offre financée par les cotisations obligatoires, reste élevée en Suisse », précise l’auteur de l’étude, Pius Gyger.

Les assureurs doivent se montrer plus innovants

Selon Felix Schneuwly, expert Assurance maladie chez Comparis, il est urgent que les assureurs fassent preuve d’innovation. Car la période faste touche à sa fin : « Les recettes provenant des primes de l’assurance complémentaire dans le secteur stationnaire sont aujourd’hui majoritairement utilisées pour financer les prestations obligatoires de l’assurance de base ainsi que pour les tâches devant être financées par l’État comme la formation et la recherche. La FINMA veut à présent y mettre un terme », explique F. Schneuwly.

Toujours selon lui, avec l’arrivée des soins aigus dans le secteur ambulatoire, les complémentaires hospitalières traditionnelles sont désormais sous pression. En effet, avec les assurances Flex plus avantageuses, les assurés décident au cas par cas s’ils veulent ou non un surclassement dans la division semi-privée ou privée. Et d'ajouter qu'au fil des ans, ces formules leur ont permis d’économiser plusieurs dizaines de milliers de francs. 

D'après lui, on manque d’assureurs maladie dynamiques ayant su réagir à temps à ce changement et offrir, en collaboration avec des prestataires médicaux innovants, des produits d’assurance complémentaire attractifs. « Les personnes désirant le confort d’une assurance semi-privée ou privée en cas d’opération peinent à trouver une assurance complémentaire appropriée », souligne F. Schneuwly. 

Il voit un potentiel supplémentaire dans les formules d’assurance des soins. Produits de niche par excellence, les assurances des soins occupent aujourd'hui une place marginale. « Les produits sont chers et peu adaptés aux besoins des assurés », explique F. Schneuwly. L’étude montre toutefois que c’est précisément dans ce secteur qu’il existe un grand potentiel pour des produits innovants et très rentables.

 

Méthode
Pour les besoins de cette étude, Pius Gyger a analysé des données accessibles au public provenant des assureurs, de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), de l’Autorité de surveillance des marchés financiers (FINMA), de l’Office fédéral de la statistique (OFS) ainsi que de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

 

Plus d’informations
Pius Gyger 
Économiste de la santé 
079 607 37 00
pius.gyger@uudial.ch

Felix Schneuwly
Head of Public Affairs comparis.ch
079 600 19 12
felix.schneuwly@comparis.ch

 

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