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Importation directe : est-il intéressant d’aller chercher sa voiture d’occasion à l’étranger ?

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Dans les pays voisins, les voitures d’occasion sont souvent meilleur marché. Une procédure pas toujours évidente et – en vaut-elle vraiment la chandelle ? Photo : iStock.com / hedgehog94

Chez nos voisins, il est possible de trouver des véhicules d’occasion souvent moins chers qu’en Suisse. Mais au prix du véhicule, il faut ajouter les droits de douane, la TVA ainsi que de nombreuses taxes. Et cela prend aussi du temps. Dans ces conditions, est-il intéressant de consacrer autant d’énergie à une importation directe ? Nous avons sorti notre calculette pour une Golf en provenance d’Allemagne.

Notre chiffrage vous permettra de voir dans quelle situation il est vraiment intéressant d’avoir recours à une importation directe. Quelles sont les erreurs à éviter et quels sont les points à observer pour importer une voiture et faire une vraie bonne affaire. Ce n'est pas si simple que ça. D’autant que tout est dans le détail. Preuve à l’appui avec un exemple concret.  

Une VW Golf 15 % moins chère ?

Dans l’Espace automobile sur comparis.ch nous avons repéré une VW Golf 1.4 TSI de 2015. Elle est équipée d’un moteur essence de 150 CV et son kilométrage est de 33 000 km. Elle dispose d’équipements qui ne sont pas exagérément haut de gamme, elle n’a pas de peinture métallisée mais un GPS embarqué. Un garage suisse la propose pour 19 900 francs. Une offre à laquelle nous donnons, chez Comparis, la note 5.0 puisque son prix est de 300 francs inférieur au prix du marché de 20 200 francs.  

Est-il possible de trouver une Golf similaire à l’étranger qui coûte moins cher ? Le moteur de recherche Autouncle permet de comparer les prix dans de nombreux pays d’Europe. Pour l’Allemagne, nous lançons notre recherche sur autouncle.de – et nous trouvons deux véhicules dotés d’équipements tout à fait comparables.

Toujours passer par un garage pour exporter

L’une des deux voitures se trouve à Stuttgart. Le vendeur la propose à 16 350 euros. Autouncle estime qu’il s’agit d’un super prix et décerne cinq étoiles. Et cette Golf n'affiche même que 27 000 km au compteur. Le seul hic : le vendeur est un particulier. Auprès d’un particulier, il est souvent possible d’obtenir un meilleur qu’auprès d’un garage – mais pour l’exportation cela serait une erreur. En effet, les particuliers ne peuvent pas rembourser la TVA. Seul un professionnel pourra le faire.  

Il reste encore une Golf comme celle-là, avec des équipements quasi identiques, à la concession Seat de Ratisbonne. Elle coûte certes 16 770 euros, mais pour Autouncle, toujours une super offre. Et sans la TVA allemande de 19 %, le prix net n’est plus que de 14 100 euros. Du point de vue suisse, cela est tout à coup nettement plus avantageux que le prix annoncé par le particulier. Avec un cours de 1,17 francs pour 1 euro, cela correspond à tout juste 16 500 francs,  

soit 3400 francs de moins qu’en Suisse. Une importation directe pourrait être intéressante. Mais cela est-il vraiment le cas ? Terminons le calcul.    

Droits de douanes et taxes côté suisse

À l’importation, il faut en tout cas ajouter les taxes que la Confédération prélève lorsque des marchandises passent la frontière. Elles sont (au moins) au nombre de trois :  

Imposition des véhicules automobiles : en Suisse, un impôt spécifique s'applique aux véhicules. Il est de 4 % à l’import et s’élève donc à 660 francs pour notre Golf.  

Frais pour le rapport d’expertise : il est impossible de procéder à l’immatriculation auprès d’un office de la circulation routière sans ce rapport d’expertise. Ce sont les douanes qui l’établissent et il est facturé 20 francs.

Taxe sur la valeur ajoutée : comme pour toutes les autres importations en Suisse, les voitures sont aussi soumises à la taxe sur la valeur ajoutée. Depuis le début 2018, celle-ci s’élève à 7,7 %. Elle n’est pas calculée sur la base du prix net seulement, mais elle s’applique également à l’impôt sur les véhicules automobiles et aux taxes. Pour notre Golf, cela correspond à un montant de 1322 francs.  

Au total, les dépenses s’élèvent donc à près de 2000 francs. Après avoir réglé les droits de douane et les taxes, notre Golf nous revient maintenant à 18 500 francs et ne coûte donc plus 1400 francs de moins que la voiture d’occasion en Suisse.    

Encore plus de taxes dans certains cas

Pour notre Golf, la liste des émoluments s’arrête là : pas d’autres taxes à payer au niveau fédéral. Mais pour les véhicules moins « propres », une taxe sur le CO2 est perçue. Et pour les importations en provenance d’autres pays, des droits de douanes sont exigibles.  

Taxe sur le CO2 : notre Golf répond aux normes d’émission Euro 6 et reste en deçà de la valeur cible de 122.55 g de CO2 par kilomètre. Le montant de la taxe sur le CO2 est donc de 0 francs. Pour d’autres véhicules, vous pouvez calculer la pénalité relative au CO2 sur le site de l’Office fédéral de l’énergie.  

Droits de douane : les véhicules en provenance de l’UE sont importés en franchise de droits. Pour tous les autres pays, le montant des droits exigés dépend du poids du véhicule et il est compris entre 12 et 15 francs par tranche de 100 kg. Attention : il faut justifier de la provenance « UE ». Pour cela, il est nécessaire de disposer d’un formulaire EUR.1 qui vous sera fourni par le garagiste.  

Passer la douane

Nous demandons au garagiste allemand de se charger de la déclaration d'exportation pour la douane allemande. Prix : 100 euros. Et ils les valent bien. Car le système électronique lui est plus familier. Et il est de toute façon beaucoup plus simple qu’il agisse en tant qu’exporteur jusqu’au moment de récupérer la TVA. (Nous sommes uniquement le conducteur de notre voiture.)  

À la frontière, le bureau des douanes allemand confirme que nous avons bien exporté notre Golf. Le garagiste allemand remboursera la TVA perçue en Allemagne sur présentation de ce justificatif uniquement. Il y est tenu par la loi. Et c'est la raison pour laquelle nous le faisons préciser dans le contrat.  

Côté suisse, la déclaration en douane e-dec est elle aussi effectuée électroniquement. Nous la faisons nous-même en notre nom. Les deux déclarations en douane doivent avoir été effectuée préalablement au passage de la frontière. Il s'agit de l’importation auprès de la douane suisse et de l’exportation auprès des services allemands.  

Il est donc nécessaire de prévoir à l'avance le poste de douane exact où l’entrée sur le territoire aura lieu, de s’assurer que les deux services des douanes de chaque côté de la frontière seront effectivement ouverts, et de vérifier que le paiement par carte est possible à ce poste de douane précis – sans quoi il faudra se munir d’espèces en quantité importantes.  

Immatriculer deux fois, assurer deux fois

Mais retour en Bavière, à Ratisbonne. C'est là que se trouve notre Golf, chez le garagiste, et elle n'est pas encore immatriculée. Pour pouvoir quitter le garage, nous devons disposer d’une plaque minéralogique allemande. L’essai du véhicule ne pose pas de problème puisque le garagiste monte ses plaques de garage. Mais il ne les prêtera pas jusqu’à ce que nous ayons immatriculé notre véhicule en Suisse.  

Nous avons donc besoin, pour le trajet et les premiers jours en Suisse, de plaques d’immatriculation allemandes à notre nom. Il existe des plaques spécialement destinées à l'exportation. Elles sont délivrées en Allemagne par les communes respectives. Notre garagiste nous informe que nous devons nous rendre au service d’immatriculation des véhicules de la ville de Ratisbonne.  

Pour pouvoir obtenir ces plaques, nous devons produire un justificatif d'assurance. La responsabilité civile est impérative. La plupart du temps, il existe des agents d’assurance à proximité des services d’immatriculation. Nous y allons donc et nous y obtenons les papiers du véhicule ainsi qu’un document sur lequel figure notre numéro d’immatriculation. Mais nous n'avons toujours pas les plaques minéralogiques. Il s’agit en Allemagne d’une formalité supplémentaire qui est à faire ultérieurement. Là aussi, on se procure ses plaques directement à proximité des services d’immatriculation.  

Les prix varient en fonction des communes, des assureurs et des vendeurs de plaques. Celles-ci nous coûtent environ 30 euros. C'est également le prix approximatif que nous aurons à payer dans toutes les communes d’Allemagne pour faire immatriculer le véhicule. Et la souscription d’une couverture responsabilité civile pour 30 jours reviendra à 70 euros environ. Nous avons donc pu immatriculer notre Golf pour 130 euros, nous pouvons prendre la route. Sans couverture casco. En effet, les offres de dernières minutes pour une couverture de 30 jours se situent souvent aux alentours de 500 euros.   

De retour en Suisse, il nous faut alors immatriculer le véhicule – mais cette fois, pour de bon et pour toujours. Comme pour n’importe quel autre véhicule en Suisse, on se rend auprès de l’office de la circulation routière de notre canton.    

Contrôle technique précédant l’immatriculation

Avant toute chose, nous devons faire faire le contrôle technique de notre Golf. Cela se passe en deux étapes.  

Entretien du système antipollution : il peut être effectué par tous les garages autorisés en Suisse. Notre garagiste nous fournit le justificatif du service antipollution. L’entretien et le justificatif nous reviennent à 80 francs.  

Contrôle technique (expertise) : il se déroule aussi simplement que pour un véhicule suisse. En effet, notre Golf dispose d’un certificat de conformité européen (COC). Le service des automobiles compétent facture 60 francs.  

Le COC est un document important. Sans lui, il se peut que le contrôle individuel aille au-delà du contrôle du fonctionnement. Et cela a son prix. Le garagiste de Ratisbonne n’avait pas le COC de notre Golf sous la main. Il aurait pu nous le procurer, moyennant des frais supplémentaires. Nous avons choisi la formule la plus économique et nous avons déposé une demande en ligne directement auprès de Volkswagen Deutschland afin qu’il soit établi, pour la somme de 40 euros.  

Moins de 1000 francs d’économies

À l’exception de la déclaration d'exportation allemande, nous avons fait toutes les démarches que nous pouvions accomplir nous-mêmes, en ne nous adressant à des prestataires de services que lorsque cela était nécessaire. Jusqu’à l’obtention de l’immatriculation en Suisse, nous avons encore dû débourser près de 460 francs.  

D’autant que les plaques et les frais en Suisse ne sont pas encore comptabilisés, mais ces postes-là ne font pas partie du comparatif. Ce sont des dépenses qui doivent aussi être effectuées lorsque nous immatriculons une nouvelle voiture en Suisse.  

Après nous être acquittés des impôts, des droits de douane et des services externes, notre Golf nous revient maintenant à 18 960 francs avant immatriculation, un prix qui n'est plus que de 940 francs inférieur à l’offre suisse (certains prix sont arrondis) :

Offre - Allemagne 16 500 francs
Impôt sur les véhicules automobiles 660 francs
Rapport d’expertise 20 francs
Taxe sur la valeur ajoutée 1322 francs
Déclaration d'exportation 100 euros
Plaques minéralogiques 30 euros
Responsabilité civile 70 euros
Immatriculation 30 euros
Entretien du système antipollution 80 francs
Contrôle technique 60 francs
Certificat de conformité (COC, en ligne, VW Allemagne) 40 euros
TOTAL 18 960 francs
Offre - Suisse 19 900 francs
ÉCONOMIE 940 francs

Est-ce que cela justifie un voyage et toutes ces démarches ? Une question à laquelle chacun devra apporter sa propre réponse. En tout cas, les anecdotes seront garanties.

Faire importer ou importer soi-même ?

Jusqu’à présent, nous nous sommes penchés sur l’option la meilleur marché qui consiste à ce que vous alliez vous-même chercher le véhicule à l’étranger. Vous faites le voyage et vous vous chargez de toutes les formalités. Mais vous pouvez bien entendu vous faire aider.  

Pour chacune des étapes, il existe des professionnels : des déclarants en douane, si vous souhaitez éviter de commettre une erreur dans les formulaires. Des transporteurs qui apportent le véhicule à votre domicile. Ou bien un garagiste sympathique situé juste à la frontière qui fera le trajet jusque chez vous avec ses plaques de garage.  

Il existe aussi des prestataires offrant un service complet : des agences qui organisent toutes ces prestations pour vous. Mais, évidemment, ce n'est pas gratuit. L’entreprise Import Butler dispose d’un outil pratique, un calculateur en ligne qui vous permet d'avoir un chiffrage immédiat de toutes les prestations (disponible en allemand ou en anglais). Un pack intégral couvrant les étapes depuis la déclaration en douane jusqu’au contrôle technique coûte près de 1500 francs – et vous devez malgré tout faire le voyage vous-même. En mandatant une entreprise pour le transport, les démarches se déroulent confortablement, au prix de 1900 francs. Mais dans les deux cas, notre Golf est malheureusement plus chère que le véhicule d’occasion en Suisse.  

Et la garantie ?

D’une manière générale, les garagistes suisses sont tenus de fournir les prestations liées à la garantie constructeur, également pour les véhicules issus de l’importation parallèle. Pour notre Golf, qui a été mise en circulation en 2015, la garantie constructeur allemande a déjà expiré. Mais il en va de même pour le véhicule d’occasion en Suisse pour lequel la comparaison est effectuée. Ceci dit, une extension de garantie serait encore possible pour la Golf suisse.  

De nombreuses marques de voitures dotent les importations officielles en Suisse de garanties nettement plus longues et beaucoup plus étendues qu’elles ne le sont dans l’UE. Un avantage qui se laisse difficilement chiffrer. Si vous souhaitez importer un véhicule par vous-même, il est conseillé de se renseigner sur les différences qui existent pour la marque à laquelle vous pensez.  

Sans intérêt pour un montant inférieur à 20 000 francs

En 2018, l'euro n'est plus aussi bon marché qu’il l’était en 2015. À l’époque, l’importation aurait été intéressante dans des cas beaucoup plus nombreux. Aujourd’hui, la pression exercée sur les prix depuis l’étranger s’est répercutée sur l’offre en Suisse. La différence de prix est plutôt faible.  

Dans le cas de notre Golf au prix de 20 000 francs, l’économie s’élève à moins de 1000 francs. Si le prix suisse de la voiture que vous envisagez d’acheter est inférieur à 20 000 francs, bien souvent l’importation n'est pas véritablement intéressante. Quelle que soit la quantité de démarches que vous faites vous-même.  

L’importation d’une voiture collaborateur (moins d’un an) ou d’un véhicule neuf peut tout à fait présenter un avantage, notamment s’il s’agit d’un modèle haut de gamme. Mais dans ce cas alors, il peut s'avérer judicieux d’opter pour un niveau de service plus élevé. Auprès d’un prestataire spécialisé dans l’importation, ou auprès d’un garagiste qui ira chercher la voiture à l’étranger pour son propre compte.  

Pour ne rien oublier

Si vous envisagez d’aller chercher vous-même votre prochaine voiture à l’étranger, ne manquez en aucun cas de consulter aussi cette brochure du TCS. Elle n'est plus tout à fait actuelle mais elle est très complète. Consultez également la page officielle de l’Administration fédérale des douanes consacrée à l’importation des véhicules. Elle détaille précisément les documents dont vous devez disposer.